La Lune noire de Février

Le ciel est bas, chargé de brumes humides, pleines de grains de froid. La lumière est grise, tout semble mort. Ainsi commencent les temps les plus durs pour les petits peuples des bois et des jardins. Il n’y a plus grand-chose à manger et tous luttent pour ne pas mourir de faim.

Sous le pommier, quand le jour est encore bleu, les merles sont là par dizaines, espérant chaque jour qu’il restera assez de bouts de pommes pour tenir encore une journée… Une toute petite journée de plus… Et ils ne sont pas seuls : les tchas tchas sont descendus du Pré-de-la-Liberté, et viennent aussi se servir au jardin. Et tout le monde se dépêche, l’œil aux aguets, tout le monde se dépêche de manger pour vivre.

Camaïeu la mésange bleue est accrochée au mur de pierre et cherche des graines oubliées entre les pierres, car le Grand ne met plus rien dans les maisons suspendues. Camaïeu lutte comme elle peut, mais elle est déjà si vieille, si fatiguée…

Annabelle, la sitelle torchepot, ce bel oiseau aux allures de bandit masqué, est partie dans le Bois-du-Milan à la recherche d’insectes. Elle n’en a pas vu un seul, mais elle a trouvé un gland, oublié sans doute par un geai des bois. Elle a coincé sa trouvaille dans une crevasse de l’écorce d’un pin, et va-t-y que je te pique et que je te becquète ! Elle est si occupée à marteler son gland, et elle fait tant de bruit, qu’elle attire quelqu’un. C’est un magnifique personnage à la queue touffue tirant sur le roux, au museau pointu… Le renard arrive doucement derrière la pauvre Annabelle, trop occupée par son gland, se jette sur elle et d’un coup de dent, la fait passer de vie à trépas.

Tout est mort ?
Dans le Pré-d’à-Côté, le grand saule déploie ses branches souples, un peu claires, presque jaunes, qui s’en vont caresser le sol. Il est là, immobile, sans feuilles, il semble mort, mais ses racines plongent sous la terre vers une source cachée, qui descend de la montagne, et c’est cette eau qui bientôt va nourrir son renouveau.

Il y a l’eau, et puis il y a le feu : les soirs, le soleil est là plus longtemps, et parfois, il incendie le ciel de rose et d’orangé.

Billet publié dans Actualités, Chroniques du jardin
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