La lune ronde de février

Ça y est ! Le compte à rebours est commencé. Pif ! Paf ! Pouf ! Les bourgeons du rosier ont déjà éclaté, et de fines feuilles toute tendres sont juste en train de se dérouler. Celles du lilas ne sauraient tarder…

D’ailleurs, en parlant de bourgeons, ce matin le petit bœuf était là, gonflant son plastron rouge pivoine sur les tiges de framboisiers. Ce bouvreuil (on l’appelle petit bœuf parce qu’il donne une impression de force, avec son poitrail large et gonflé, et son corps trapu) est venu du bois voisin, et… de son bec court et conique, il cueille les bourgeons de framboisier tout frais, et les déguste. Jolie salade du Joli Temps.

Linou et Perlette sont en pleine activité, et ils ne sont pas les seuls. Partout, des merles jaillissent des buissons, font trois bonds sur le gazon, décollent et filent au travers du jardin, prennent de la hauteur, disparaissent, reviennent le bec chargé et retournent dans les taillis. Linou et Perlette, eux, ne s’éloignent pas beaucoup du jardin : ils ont trouvé pour leur nid un excellent supermarché : le toit de la cabane du fond, qui est couvert de mousse. Alors zou, zou et re-zou ! Nos deux merles vont à tour de rôle en arracher quelques brins, le plus que peut en contenir leur bec, et zou ! retour au travers du jardin. Arrivés devant le mur de lierre, ils se posent dans les herbes l’air de rien, regardent un peu à droite et à gauche, et si la voie est libre, zou ! ils s’enfournent en trois coups d’ailes dans le fouillis du lierre. Que font-ils là-derrière ?

Près de la cabane à outils, une herbe sèche se met à osciller… Un cocon y est accroché et fait le balancier… Pouf ! Il s’ouvre et des centaines de petites araignées s’en échappent et se dépêchent de filer vers le sol… Mais pas de chance, un rouge-gorge les attendait et, en quelques coups de becs, il en fait son petit-déjeuner. Mais il y a de nombreuses rescapées, qui se sont laissées tomber dans les herbes. Parmi elles, la nouvelle Akariane attend que le monstre s’en aille, pour vite faire sa toile et vite attraper de petites proies qui lui donneront de nouvelles forces…

Dans le Bois-des-Trois-Corneilles, entre les racines d’un arbre penché, sous des ronces embrouillées, sous des branchages empilés, bien au chaud dans son nid de feuilles, quelqu’un s’étire, grogne et pète un peu. Quelqu’un se tourne et se retourne, ouvre l’œil et grommelle : « Nom d’un ver de hanneton ! C’est qu’j’ai bien pioncé, moi ! ». Quelqu’un se nettoie un peu le museau, se lèche abondamment les piquants et, sans plus hésiter, se faufile vers la sortie. Dehors, le soir tombe, quelques merles chantent au loin, et c’est exactement le bon moment pour faire LE grand retour au jardin. Mais Lagronle le hérisson ne se presse pas, il se met à zigzaguer en reniflant le nez au sol, en quête de quelques limaçons, vers ou araignées à se mettre sous la dent. Car, c’est vrai qu’il est tout maigre, notre Père Lagronle… « Ho ! C’est qu’j’ai pas goulé pendant cinq lunes, moi ! »

Billet publié dans Actualités, Chroniques du jardin
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