Octobre

Et voilà que commencent les Temps Roux…

Les Grandes Gens

La Lune noire

Forficula, le perce-oreilles, a eu la peur de sa vie, pas plus tard que cet après-midi. Pensez-donc ! Elle était tranquillement occupée à grignoter une galerie bien à l’abri dans une grosse pomme, quand tout à coup… TCHIC TCHAC ! Voilà son garde-manger coupé en deux, et un énorme pouce qui manque de l’écraser ! Position de combat : Forficula brandit ses drôles de pinces mais toc, elle se laisse tomber par terre, et pffuit, va se cacher sous une grosse masse inconnue. Ouf.

Le Grand à casquette trouée a encore râlé, pas plus tard que cet après-midi.
Figurez-vous que, pour pas gaspiller, il ramasse tous les jours les pommes tombées… et dans la plus belle, qu’est ce qu’il a trouvé ? Un perce-oreilles et plein de galeries noirâtres. Une pomme fichue ! En plus, l’insecte a disparu sous le pied de la table. Impossible de l’écraser…

Robusta, elle, est fort contente de son œuvre. Elle a pelleté un bon moment, fureté dans les coins du jardin, et finalement, elle est allée fourrager dans la remise du Pré-d’à-Côté. Et voilà, c’est fini. Robusta n’a plus qu’à s’installer dans sa nouvelle chambre, bien sèche et remplie d’un doux cocon de foin. Au-dessus, elle a aménagé des entrelacs de galeries qui montent en colimaçon, parfaites pour une bonne aération, même si elles sont bouchées en surface. Et sous la chambre : la galerie de fuite ! Tout est paré, Robusta a abandonné sans état d’âme son ancienne villa pleine de puces et d’infiltrations. Bonne nuit !

Premier quartier
Le jour n’est même pas levé, mais déjà, Tilleule la dame écureuille s’étire dans son nouveau nid tout en haut du plus haut des frênes, dans le Petit-Pré. Elle l’a construit pour passer les Froids Temps et c’est une vraie réussite : un enchevêtrement de brindilles et de feuilles, si serré que les courants d’air ne passent pas. Et à l’intérieur, c’est un doux matelas en plumes, mousses sèches ou brins de laine. De quoi avoir bien chaud !
Dame écureuille fait d’abord sa toilette : comme chaque jour, elle n’oublie pas une poussière. Puis, elle met le nez à sa fenêtre, pour voir s’il n’y a pas de danger, et… Vouff ! Elle se laisse glisser tête première, à toute vitesse, le long du tronc. En trois bonds, elle escalade le mur, file au fond du jardin, et… sous le noisetier du bas, elle trouve deux noisettes, et elle en fait son petit déjeuner.
Le jardin est sous la brume, mais Dame écureuille le sait bien : il va faire beau ce jour encore.

Cet après-midi, le soleil tape, et dans le lierre des nuées de mouches bourdonnent. Elles butinent les fleurs du lierre, qui se transforment déjà en fruits. Vite ! Vite ! Et quand elles n’ont plus faim, solarium ! Elles vont se poster par centaines sur le mur chaud de la maison-rocher.
— Youpi ! De nouveau la chaleur ! fait l’une d’entre elles.
— Ne t’y fie pas, Bella, grogne son voisin. Ça va se gâter. On va devoir bientôt trouver un refuge pour passer les Froids Temps… Le mieux, ça serait de trouver un moyen de rentrer dans cette maison-rocher, pour somnoler au chaud…

Deux jours plus tard, tout est changé. Il fait froid, le soir tombe, tout embrumé. Dans l’air, il y a une odeur de feu de bois, et… de pourriture. Les premières feuilles mortes sont tombées, et commencent à se désagréger. Bébert le ver de terre en a l’eau à la bouche. A la nuit tombée, il sort de sa cachette et saisit quelques petits morceaux de feuilles qu’il emmène dans sa galerie. Quand elles seront bien décomposées, Bébert les mangera, assaisonnées avec de la terre… Miam !

Pleine lune
Le jardin est sous les brumes blanches, il fait froid et des gouttes tombent. Plic ! Ploc ! Dans le petit matin désolé, Grognasse la limace dévore tranquillement une dernière tomate tombée, à moitié pourrie. Quand tout à coup…

Une grosse boule déboule à toute vitesse, le nez à terre, reniflant et soufflant à grand bruit. Grognasse n’a que le temps de se contracter mais Cric ! Croc ! elle est déjà dans l’estomac de Lagronle.
« Et de cinq, gronlerie de sort ! » fait le hérisson repu, très content de son tableau de chasse. Et sans plus de cérémonie, il fonce vers son repaire, sous le tas de bois du fond.

Dans la cabane à outils, sur l’étagère, Mistigrise se dépêche. À toutes dents, elle ronge un paquet en carton, plein d’un produit puant. Mais ce qui l’intéresse, c’est pas le produit, c’est le carton. Et la vieille souris grise s’applique, et ronge et ronge : quand elle a un beau tas de gros confettis, elle les emmène l’un après l’autre derrière une pile de pots de fleurs… Pour quoi faire ?

La journée avance, mais les brumes restent, enveloppant le jardin dégoulinant. Dans le potager, Pépé l’accenteur mouchet et Camaïeu la mésange bleue s’en donnent à cœur joie. Ils picorent par terre un gisement d’excellentes graines rayées, très nourrissantes. Mais soudain Iaiiiaiiiaa Iaah ! un cri à glacer les sangs retentit…

Le Grand à casquette trouée est descendu chercher les derniers potirons avec sa brouette qui grince : Iaiiiaiiiaa Iaah ! Mais en chemin :
— Boudiou ! C’est pas pour tout de suite, bande de pressés !
Et d’un grand geste, le Grand chasse les oiseaux qui dévorent les graines tombées sous ses tournesols. Puis il prend son couteau, coupe les tiges épaisses, plus hautes que lui, et emmène dans sa cuisine les fleurs énormes comme deux fois sa tête.

Vous connaîtrez la suite la semaine prochaine…

Billet publié dans Actualités, Chroniques du jardin
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