Premier quartier de lune de décembre

Pepita la chienneLa neige a fondu, mais le jardin est tout givré. Arbres et herbes sont recouverts d’une fine croûte de gel. Chaque nuit, le thermomètre descend bien en dessous de zéro…

— Touch aux j’abris ! hurle un ver de terre, la bouche pleine d’humus. Il creuse, il creuse, la tête la première. Il descend au plus bas pour aller se réfugier là où la terre ne gèlera pas…

De son côté, Robusta la taupe a pris elle aussi ses dispositions. Au détour d’une de ses galeries, elle s’est creusé un garde-manger personnel, rempli de vers de terre paralysés d’un coup de dent. Ainsi, pas besoin de se fatiguer à courir après un déjeuner qui, de toute façon, s’est carapaté au plus profond pour la mauvaise saison.

Pour les oiseaux, ce n’est pas la même histoire. Pas de réserves pour manger. Les insectes ont tous disparu ou presque, et il ne reste plus tellement de graines au jardin…

Un matin, le Grand à casquette trouée s’est décidé. Il est allé dans la remise, a tapé sur des clous pendant un bon moment… Et il a fini par accrocher dans les arbres trois maisons de bois ouvertes aux quatre vents. Et dedans, il y a mis des graines de tournesol. Et après, il est rentré chez lui, dans sa cuisine, et par la fenêtre il a regardé.
Il n’a pas fallu longtemps pour que tout le monde rapplique : d’abord, une flopée de mésanges, bleues, charbonnières, à tête noire… À terre, Linou et Perlette les merles picorent l’air de rien une pomme à moitié blette. Annabelle la sitelle torchepot attend son tour, accrochée au tronc du pommier, la tête en bas. Et puis une bande de pinsons des bois pas du tout du jardin a le culot de débarquer…
Et ça n’arrête pas. Un à un, les oiseaux s’élancent vers une cabane en bois, piquent une graine et parfois deux, et pfuitt ! ils sont déjà envolés. On les retrouve perchés sur une branche, en train de dépiauter avec leur bec l’enveloppe de tournesol, et gloup ! Et c’est reparti !
À la nuit, d’autres visiteurs sont là : Mistigrise et ses six souriceaux, qui furètent, en quête de quelques graines tombées.

Une boule de poils sans queue ni tête déboule dans le jardin, flairant des odeurs à ras du sol. C’est Pépita, la chienne touffue. Elle tourne, elle tourne, et soudain elle s’accroupit sur ses pattes arrière, et elle fait pipi. Et puis elle repart, le nez au sol. Que cherche-t-elle ? Ou qui ?

Billet publié dans Actualités, Chroniques du jardin

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