Dernier quartier de lune de février

Chaque matin, des brouillards fumeux montent de la vallée, et parfois restent accrochés à la montagne, ou juste au-dessus du jardin. Mais parfois aussi, ils se dissipent dans la journée, et alors il ne fait même pas froid.

Ces jours-là, le Grand à casquette trouée en profite. Il va dans sa cabane à outils, s’empare de sa binette et descend au potager. Là, il met ses mains sur ses hanches et contemple son jardin tout nu. Il choisit un coin de terre, et avec sa binette, il se met à gratter, biner et sarcler, pour enlever les petites plantes qui ont poussé malgré tout durant ces derniers mois. Et le jour d’après, il revient avec sa bêche et il retourne la terre. Ça veut dire que le Grand, il va bientôt semer…

Près de la cabane à outils, cette nuit, Akariane, l’araignée argiope, a fini sa vie. Car cette nuit-là, il a fait très froid, et aussi parce qu’elle avait fini son temps, qui ne dure pas plus d’une année. Mais la lignée des Akarianes est assurée : durant les Temps Roux, notre dame araignée avait construit un énorme cocon de soie, accroché à une herbe sèche. À l’intérieur, dans deux centaines d’œufs, sa descendance attend. Akariane, qui a pensé à tout, a tissé deux enveloppes de soie pour protéger sa progéniture du gel. Et bientôt, des minis Akarianes sortiront…

Dans son nid à la lisière du Bois-des-Trois-Corneilles, Lagronle le hérisson grogne et se retourne. Il va émerger encore une fois et ce sera le vingtième réveil de son temps d’hibernation. Notre hérisson ne mérite plus le nom de « gros père », car il devient plus maigre de jour en jour. Aura-t-il assez de réserves pour se réveiller quand le Joli Temps sera bien installé ? Ou sera-t-il obligé de sortir de son nid quand il fait encore froid, qu’il n’y a pas encore assez de proies à attraper, au risque de mourir de faim ?

Billet publié dans Actualités, Chroniques du jardin
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