La Lune noire de mars

Le ciel est gris, le jardin est gris, l’humeur du Grand est grise. Par ce temps, impossible de travailler au jardin, la terre est pétrie d’eau et colle aux bottes. Le Grand à casquette trouée laisse son fourneau ronfler, et reste derrière sa fenêtre…

Heureusement, dans ce paysage sans couleur, est apparue une tache d’or fauve, dans le fond du jardin. C’est le noisetier du bas qui s’est couvert de milliers de chatons duveteux. Ces chenilles jaune doux sont ses fleurs mâles, débordantes de pollen. Sur la branche, il y a aussi des fleurs femelles, qui ressemblent à des bourgeons. Mais le noisetier du fond a besoin du pollen d’un autre noisetier pour faire ses fruits. Comme il y a encore peu d’insectes, il compte sur la moindre brise…

Prima vera ! Une seule primevère, la première qu’on voit, s’est ouverte comme par magie, si délicatement mauve, dans son écrin de feuilles tendres, dans le jardin aromatique. Le Joli Temps n’est pas loin…

Au sommet du pommier, à son poste de vigie, Linou le beau merle noir lance son chant mélodieux. Le Joli Temps n’est pas loin ! Mais il est seul à chanter, et très vite il s’arrête, car il fait encore si froid. Et puis, il a beaucoup à faire, pour construire le nid où, avec Perlette la merlette son aimée, il va élever sa progéniture de l’année. Mais en attendant, ô horreur, ne voit-il pas un merle inconnu qui tire des vers de terre sur son territoire ?! Le sang de Linou ne fait qu’un tour. Il s’élance et atterrit face à l’intrus, qu’il chasse illico en trois bonds décidés. Non, mais tout de même, c’est chez moi, ici !

Le Joli Temps n’est pas loin ? Ça m’étonnerait, fait O’lifant le milan royal en s’élevant au-dessus du Bois-du-Milan. Lui qui plane en altitude, il voit bien qu’il neige sur la Plate Aile, la montagnette qui surplombe le village. Alors, comme il n’y a pas grand-chose à manger par ici, O’lifant met le cap sur la déchetterie de la vallée…

Billet publié dans Actualités, Chroniques du jardin
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